Petite Chronique de l'Ancien Temps : Les soldes

Les Soldes et Le Bon Marché :


Il existe une tradition qui semble n'être, au premier abord, qu'une invention des temps modernes et du commerce.
Elle va arriver après l'Epiphanie
avec la fameuse galette « des Rois » qui symbolise par sa forme le soleil et le retour de la lumière après les longues nuits d'hiver, le 6 janvier.
Au XVII ème siècle à 1910 environ, les boulangers avaient coutume d'offrir gratuitement une galette des Rois à leurs clients. L'usage s'est perdu et la galette est maintenant proposée de la mi décembre à la fin janvier.

A peine les décorations de Noël rangées et les Rois Mages placés dans la crèche (L'apparition des crèches miniatures avec leurs santons, notamment en Provence, correspond au moment où, proscrit par la Révolution française, le rite s'est réfugié dans les foyers) jusqu’à la Chandeleur faisons place à cette tradition qui est tout simplement le début de la période du "Blanc" ! 

Le mois du Blanc, désormais en couleurs aussi, est une "tradition" bien implantée depuis un siècle et demi.
Figurez vous que cette idée d'un mois du « Blanc » nous vient de M. Aristide Boucicaut.

Avec son épouse Marguerite Boucicaut ils vont, avec leurs maigres économies et avec toute leur expérience professionnelle (commerçant ambulant, vendeur de châles dans une boutique, chef de rayon, blanchisseuse ...) ouvrir en 1852 une boutique de nouveautés avec comme associé M. Videau le propriétaire de l'enseigne du "Bon Marché".

C'est un jour d'hiver en regardant la neige qui recouvre la rue de Sèvres, désespéré de ne pas avoir de clientes, que M. Aristide Boucicaut invente «le Blanc» qui sera suivit par les soldes d'hiver et d'été !

Le consommateur est désormais libre d’accéder au magasin sans obligation d’acheter, le prix fixe déterminé par étiquetage élimine le besoin de marchander, un assortiment d’articles très étendu vendu en rayons multiples laisse à la clientèle la possibilité de déambuler (et de s'y perdre) pour y dénicher de bonnes affaires.

Les clients découvrent aussi la possibilité de retourner et d’échanger la marchandise insatisfaisante et des soldes à intervalles réguliers.

Un an après il a gagné son pari : le "Bon Marché" est devenu une affaire florissante. 

Le Bon Marché offrait de nombreux agréments à sa clientèle : magasin équipé d’ascenseurs, buffet et journaux gratuits.
L’usage de la réclame était systématique : affiches, vitrines, animations. 
En 1856, le premier catalogue de vente par correspondance est lancé.
En 1864 il rachète les parts de son associé et devient l'unique propriétaire d'un grand magasin ou l'on livre à domicile, on vend sur catalogue, on expédie gratuitement les commandes supérieures à 25 anciens francs et surtout, on reprend les articles qui ne plaisent plus ! Presque mieux que de nos jours  !! 

Cette réussite incontestable et exceptionnelle est celle d'un couple uni. 
Alors que la guerre menace ils décident en 1869 la construction d'un grand magasin fonctionnel. A l'époque où les conditions de travail des employés sont draconiennes le personnel bénéficie chez eux d'avantages sociaux exceptionnels : primes sur les ventes, cantine et service médical gratuits, congés annuels, jours fériés et repos le dimanche, participation du personnel aux bénéfices ....


En 1877, à 77 ans, ce grand philanthrope disparaît suivit de près par son fils unique en 1879. Marguerite Boucicaut, humble orpheline apprentie blanchisseuse devenue la commerçante la plus célèbre de Paris et la plus fortunée se retrouve seule à poursuivre l'oeuvre familiale. 
Elle fera des dons considérables à l'Institut Pasteur, transformera le "Bon Marché" en une société par actions... Elle crée en Août 1886 une
caisse de retraite en faveur des employés du « Bon Marché » qui ouvre droit à une pension après vingt ans de service dans la maison,mais grâce à sa générosité légendaire elle fait une donation qui permet à cette caisse de fonctionner sans contribution du personnel. 


Dix ans après Aristide, Marguerite meurt à son tour et l'ouverture de son testament révèlera qu'elle a nommé l'Assistance publique légataire universel.
Un certain nombre de legs particuliers sont mentionnés : destinés aux employés du "Bon Marché", à son village natal Verjux en Saône et Loire (elle est née juste à coté au hameau de Mont) et à celui de son mari (Bellême, dans le Perche) ... 
Sa maison est transformée en maison de repos pour le personnel du "Bon Marché" et une partie de la succession doit être consacré à la création d'un hôpital moderne : l'hôpital Boucicaut dans le XV ème arrondissement...


J'ai trouvé cette histoire si merveilleuse d'humanité et d'espoirs que je tenais à vous la conter et j'aurais une tendre pensée pour mon fils qui est né dans cet hôpital Parisien ...

Un succès qu'immortalisera Zola dans le livre « Au Bonheur des Dames » Aristide Boucicaut ayant servi de modèle principal au personnage d’Octave Mouret dans le roman de la série des Rougon-Macquart.

Il n'est pas possible de lire "Le ventre de Paris" et surtout "Au bonheur des Dames" sans penser aux soldes et au mois du Blanc comme nous les connaissons et de se promener au fil des pages dans cette boutique !
Et, pour moi, de n'avoir que l'envie de me promener dans cette belle ville qu'est Paris et, même si beaucoup de choses ont changées, le magasin existe toujours !
  

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